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mardi 13 septembre 2016

P2. Memories.


Je me souviens parfaitement de cet instant où je courais après le temps dans l'espoir d'attraper une bribe de la beauté de la nature. Nous étions en retard sur notre itinéraire et tu croyais mon effort impossible. Mon genoux gauche me faisait un mal de chien, mais je continuais d'avancer en serrant les dents.

Plomb du cantal, 1855 mètres d'altitude.

Dans mon avancée, je continuais de jeter un regard furtif par dessus mon épaule. Tu n'étais pas bien loin de moi, mais je ne pouvais me permettre de t'attendre. Le soleil, lui, ne m'attendait pas pour continuer sa descente vertigineuse. Bientôt, le noir total nous envahirait et nos pas se feraient incertains.

8:39 P.M.

J'atteignais enfin le point culminant du mont. Lorsque tu me rejoignis quelques minutes plus tard, mes poumons étaient encore en grève, mais mon sourire en disait long sur mon indifférence face à la douleur. J'avais atteint le sommet juste à temps pour voir le soleil se coucher derrière les montagnes. Le spectacle était magnifique, tel que mes yeux furent incapables de suivre le rythme sans en verser une larme.
Nous restèrent là un moment, à profiter de ce moment privilégié. Puis le bon sens a eu raison de nous et nous avons commencé notre descente vers le village afin de pouvoir planter notre tente avant d'en être physiquement et mentalement incapable.


Ces précieux rendez-vous avec la nature me manquent.

vendredi 13 mai 2016

Intermède #15

" Mon Dieu, pensa Alexandra un peu étonnée, je crois que je suis heureuse. "

- Dernière phrase de Canines, écrit par Anne Wiazemsky.


Je suis souvent surprise par ce même constat.

Être heureux est quelque chose de si abstrait qu'il est parfois difficile de reconnaître ce sentiment. Dans la vie de tous les jours, nous nous obstinons à courir après le bonheur, si bien que nous ne remarquons même pas lorsqu'il est déjà présent. Notre quotidien est obstrué par le drame, les déceptions, la tristesse, le malheur. Parce qu'il est plus facile de le percevoir, dans toute la cacophonie qu'il représente. Le bonheur, lui, est silencieux. Un geste, un sourire, un mot, un objet, un endroit... il est partout présent. Il suffit juste d'y prêter attention pour se rendre compte de sa beauté.

Mais le bonheur est aussi quelque chose qui nous effraie. N'est-il pas plus facile d'être malheureux ? Ce cri plaintif et familier qu'a la souffrance. Le malheur ne peut que s'embellir et se transformer en un merveilleux état de bonheur. Bien au contraire, le bonheur est si facile à vaincre, à noircir, à perdre.

Quel paradoxe que la vie !

dimanche 29 juin 2014

P1. Inepties.

Dans l'abysse de ma mémoire défaillante et de mon coeur atrophié gisent des milliers de souvenirs au goût amer. Les mots s'emballent en mon fort intérieur, mais mes lèvres restent muettes. Incapable de les laisser chatouiller mon larynx, mes mains prennent le relai et glissent sur le clavier. Ma respiration se paire au rythme du cliquetis qu'ils provoquent.

La fluidité m'échappe, et la peur m'envahit.

Mes paupières tombent le rideau et je cherche désespérément l'interrupteur. Aussi délicatement que possible, mes doigts fouillent les réminiscences d'un passé à la recherche de la perle rare. Et puis, la paralysie s'invite au voyage. Le silence se fait de marbre. La lourdeur de mes bras engendre celle des mots. Je trébuche inlassablement sur des fils tendus qui n'existent que dans mon imagination. La pièce est plongée dans le noir et mes yeux, qui ont perdu tout repère, ne peuvent plus rien pour moi. Les couleurs s'évaporent à la vitesse du temps qui s'égraine. J'attrape au vol, dans une tentative désespérée, quelques poussières nouvelles. Emprisonnées en ma paume, je n'ose les regarder. Lentement, mes phalanges se déplient pour les laisser s'envoler. À la dernière minute, j'ouvre les yeux dans l'espoir de les voir, telles des lucioles, briller.

Le ciel est gris et de fines gouttes de pluie se mettent à tomber sur le feu à demi ravivé. Le sommeil aura malheureusement, cette fois encore, gagné.

dimanche 22 juillet 2012

46. Le passé à mes trousses.

365,13 km², c'est la superficie de Montréal; en 2012, on y comptait 1 735 450 habitants. Son centre ville doit bien contenir une cinquantaine de bars à lui tout seul, à quelque chose près. Il y avait donc une chance sur un milliard que l'indésirable se produise. C'était toutefois sans compter sur ma chance légendaire -sarcasme.

Entre deux rires, je l'aperçois. Les battements de mon cœur se font irréguliers avant de s'emballer et de partir à la rencontre de la chamade. Lui aussi me remarque immédiatement. Nos regards se croisent furtivement avant que je ne feigne l'ignorance totale. Difficilement, je tente de prêter une oreille attentive à mon interlocuteur, un demi sourire aux lèvres. Mais mes yeux trahissent ma panique intérieure. Il est là. Mon interlocuteur m'interroge sur mon changement de comportement et je lui conte du bout des lèvres la situation. Et bien que le fruit de mes tourments me tourne le dos, je le vois plusieurs fois jeter dans ma direction des regards à la dérobée. Je tente tant bien que mal de contenir mon hystérie que je dissipe en des boutades bon marché. Puis l'impensable se produit: il se lève et se dirige droit vers moi. Je n'ai d'autres choix que de faire face à la confrontation. Il me salue, tout sourire, et me propose de se voir les jours prochains. A quel jeu malsain se livre-t-il ? Est-ce une blague ? Je le toise du regard, incrédule, et lui réponds vaguement que c'est une proposition envisageable à laquelle je réfléchirai. Je reprends ensuite ma conversation, sans ne plus lui prêter la moindre attention et il repart sans un reste. Quelques minutes plus tard, le teint livide, un sourire de façade sur le visage, je prétexte une envie pressante pour éclater en sanglots dans les toilettes des femmes.

La sensation qu'il venait de pénétrer mon espace vital ne me quitta plus. Si ce n'est ce jour, j'en aurais presque réussi à oublier sa présence ici... alors qu'en réalité, il arrive encore et toujours à piétiner mon cœur.

dimanche 1 juillet 2012

45. De retour à Montréal.

Sur une durée d'un mois, j'ai : parcouru un peu plus de 3000k en pouce; visité 9 villes et 2 îles; dormi 4 fois en auberge de jeunesse, 2 fois chez l'habitant et une fois en camping; emprunté 16 voitures, 2 ferrys et un camion; randonné dans 4 parcs nationaux et un canyon; rencontré moultes personnalités différentes, des plus charmantes aux plus exécrables; aperçu -entre autres- des baleines, des orignaux et des phoques; exploré les Îles de la Madeleine en vélo, les cheveux au vent; dégusté un homard à Percé et un burger maison au steak d'orignal à Carleton; embrassé des garçons et des filles; prêté mon corps pour une expérience; bu des bières dans les micro-brasseries, des shooters au son de la cloche, et des grogs pour chasser la grippe; ri, pleuré, pesté, prié, remercié, apprécié, dansé, titubé, crié, chanté, emprunté et donné; appris à pagayer... et je n'ai même pas eu peur. Je me suis : faite percer le nez à Charlottetown, faute d'avoir trouvé un perceur à Percé; prise pour Anne Gable à Cavendish, sur l'Île du Prince Edouard; réchauffée autour de feux de camp avec mes nouveaux amis. Et j'ai souri, beaucoup.

Mais voilà, quelque part, la liberté a un prix; il me faut donc renflouer les caisses et c'est pourquoi je m'installe à Montréal le temps de l'été.


Québec, Gaspésie, New Brunswick, Île du Prince Edouard, Îles de la Madeleine... merci.

samedi 5 mai 2012

44. NLF, une association en or.

5:30AM

Si mon alarme avait failli à me sortir de ma torpeur, les quelques coups de poings qui tombèrent sur ma porte de chambre me firent écarquiller les yeux. J'avais à la fois envie d'arborer un sourire se frayant un chemin depuis mon oreille droite jusqu'à mon oreille gauche, et à la fois envie de m'enfoncer sous la couverture légère qui enveloppait mon corps à demi nu. Plusieurs coups résonnèrent sur certaines des portes voisines. Si les autres voulaient dormir jusque l'heure du petit déjeuner, ils ne manqueraient pas d'être réveillés par notre réveil quelque peu brutal. J'enfilais rapidement un short et mes tennis, et sortis retrouver le petit groupe de personnes à l'entrée de notre ghetto. Je grommelais un Bonjour ! plus que matinal à mon ami responsable de tout ce vacarme et entrepris de m'échauffer avec les autres. Quelques minutes plus tard, nous étions partis pour une heure de souffrance musculaire. Je respirais l'air frais à pleins poumons, reconnaissante de chaque bouffée vivifiante. Après avoir fait le tour du petit lac au pas de course, chacun à notre rythme, nous mettions à l'épreuve notre corps entier par de petits exercices tortueux: pompes, abdominaux, course de vitesse et autres.


Oui, cela sonne un peu armée de terre où réveil à cinq heures du matin et entrainement d'arrache pieds sont le quotidien; mais au lieu de ça, je me trouvais bénévole dans une association au nord de la Thaïlande, pour un séjour qui m'apporta surement plus que je n'aurais pu l'imaginer. Et ce calvaire matinale, je me l'infligeais volontiers.


L'ambiance était bon enfant et amicale. Certains se connaissaient depuis plusieurs mois, d'autres depuis une poignée de jours, et pourtant régnait autour des différentes tables une impression de grosse famille. Si le silence au petit-déjeuner était roi, l'émotion passait à travers les regards, les sourires ou encore les petits mots prononcés du bout des lèvres. Je n'étais là que depuis une dizaine de jours et déjà ma reconnaissance envers ces gens était précieuse et infinie. Une fois notre copieux petit-déjeuner avalé, nous nous dirigeâmes vers le hall de méditation où a lieu notre réunion matinale : présentation des nouveaux arrivants, répartition des différentes tâches, minute de méditation… et la journée suit ensuite son cours.

Outils en mains, nous arrachions les mauvaises herbes qui étaient venues se loger aux pieds de nos diverses plantations. Malgré l'heure matinale, la chaleur était écrasante. Je dégageais de mes mains terreuses mes mèches rebelles collées sur mon visage. Mon dos recroquevillés me lançait de petits appels à l'aide. Mes bras et mes genoux étaient couverts de petites griffures. Mais l'esprit libéré, mon corps restait stoïque face à la douleur. Pour la première fois depuis bien longtemps, j'étais en parfaite harmonie avec moi-même et mon enveloppe corporelle en bénéficiait. Perles de sueur au coin des lèvres, je souriais à pleines dents à cette vie en communauté où partage, respect mutuel, confiance, entraide et acceptance étaient maîtres.




Quand l'heure du grand départ arriva, c'est avec la peur au ventre et une tristesse infinie que je dis au revoir à mes compagnons de galère. Serais-je aussi forte à l'extérieur ? Serais-je capable d'acquérir cette confiance en moi nécessaire ?

mercredi 25 avril 2012

43. Un séjour dans la jungle Thaïlandaise.

Un pick-up vient nous chercher, mes nouveaux compagnons d’aventure et moi-même. Nous sommes une dizaine : trois Anglais et une Canadienne voyageant ensemble, un couple d’Anglais, un couple de Français, un Espagnol rencontré la veille, et moi-même. Le groupe que nous formons s’entend bien, l’expérience promet d’être plaisante. Après nous avoir entraînés sur quelques kilomètres en dehors de la ville, jusqu’à un marché local afin de s’approvisionner pour le séjour, nous roulons jusqu’aux abords du parc national de Doi Inthanon, à l’endroit où la route s’arrête. La vraie aventure peut commencer.

Nous nous enfonçons dans la jungle pour une petite demi-heure de marche. A mi-chemin, nos guides – un Thaïlandais et un “Karen” un peu fou – nous propose de faire une halte pour manger, près d’une piscine naturelle. Après nous avoir donné à chacun nos repas du midi, du riz enveloppé dans une feuille de bananier et quelques bananes, ils disparaissent dans la jungle en nous laissant livrés à nous-mêmes. Étrange. L’ambiance est bon enfant ; nous prenons quelques photos et nous baignons dans cette eau trouble en attendant le retour tant espéré de nos guides. Après une bonne demi-heure, ils nous reviennent enfin, et nous reprenons la marche jusqu’au premier village isolé des “Karens”. Les “Karens” vivent majoritairement en Birmanie d’où ils sont originaires, mais certains ont immigré en Thaïlande où ils ont maintenant une image d’assistés. Il nous faudra trois heures pour atteindre le village. La randonnée dite facile nous en fait voir de toutes les couleurs, mais nous atteignons notre objectif en fin d’après-midi. La partie du village qui nous est réservée nous est vaguement présentée (notre guide thaïlandais parle un anglais rudimentaire alors que notre guide issu d’un des villages Karen n’utilise qu’un anglais très rudimentaire) : une cuisine, notre chambre commune composée de cinq paillassons doubles sous des moustiquaires trouées, une douche entourée de quatre planches de bambous, et les toilettes qui ne sont autre qu’un trou dans le sol, protégé par quatre planches de bambous. Autant dire que nous allons vivre à la dure. Quelques-uns d’entre nous décident de partir explorer le reste du village, appareil photo en mains. Malgré mes attentes, il est malheureusement très difficile de dialoguer avec les membres du village, tout simplement car ils ne sont soit pas présents, soit aux regards durs et inquisiteurs. Je parviens tout de même à échanger quelques mots avec une petite fille en train de tisser sur le devant de sa maison. Les enfants sont encore les plus faciles d’approche. J’ai toutefois l’impression de violer leur intimité, et c’est exactement ce qui m’avait fait hésiter sur la nature de cette randonnée. Je renonce donc à tout dialogue et me contente de profiter du paysage qui est à couper le souffle. Quelques cochons noirs se baladent dans le village ; plus haut, nous découvrons un champ où vaches et cultures cohabitent, mais également une église faite de bois, et finalement une vue sur la jungle avoisinante. Plus tard, nous dégusterons un repas composé de riz et de fruits préparé par des femmes du village. Elles nous proposeront ensuite d’acheter quelques souvenirs faits de leurs mains. Le soir venu, nos guides nous prépareront un feu de camp autour duquel nous tenterons de discuter des us et coutumes du village. Le guide thaïlandais répond à nos questions mais il est évident qu’il ne le fait que parce qu’il lui a été demandé de le faire. Certains de mes compagnons rejoignent le guide birman afin de partager un peu d’opium. La consommation d’opium est très courante dans ces villages isolés…

Après une courte nuit agrémentée de moustiques et de ronflements et un copieux petit-déjeuner, nous voici de nouveau en route pour de nouvelles aventures. Nous marcherons pendant une heure afin d’atteindre le plus haut point du parc ; si la randonnée du jour précédent nous paraissait difficile, autant dire que nous peinons cette fois à avancer à un rythme soutenu. Il nous faudra ensuite une heure supplémentaire afin d’atteindre ce qu’ils considèrent comme le second village “Karen”. Malheureusement, tout ce que nous pouvons en voir est une cabane qui nous servira d’appoint pour le lunch. En amont de ce “village” se trouve une chute d’eau et à ses pieds une nouvelle piscine naturelle. Nous y barbotons une bonne heure avant de reprendre notre marche, d’un pas lourd, pendant environ deux heures vers notre campement pour la nuit. Le cadre est complètement différent du premier. Nous sommes totalement à l’écart du village, dans un espace qui se compose d’une cuisine, de toilettes rudimentaires, et de six petites huttes individuelles. Je vais pouvoir profiter de mon propre espace ce soir. Quant à la douche, il s’agit cette fois d’une énorme baignoire naturelle située juste à côté du camp. Sans plus tarder, notre groupe se jette à l’eau afin de se rafraîchir. Nous dînerons ensuite et la nuit venue, nous nous retrouverons de nouveau autour d’un feu de camp avant de sombrer chacun de notre côté dans les bras de Morphée. À savoir également que nos guides transportent avec eux des glacières remplies de sodas et de bières, que nous vidons bien sûr à notre propre compte. Les soirées sont donc bien agitées.

Le lendemain matin, après un petit déjeuner à base de riz, nous repartons pour une heure et demi de marche le long de la rivière. Sur le chemin, notre guide nous lance au défi de manger des fourmis rouges, apparemment très bonnes pour notre organisme. Nous passons ensuite dans des champs de riz où la marche devient enfin facile. Nous reprenons finalement la route par pick-up, afin d’atteindre un village réputé pour ces éléphants. Nous y mangerons et aurons ensuite l’occasion de partir à dos d’éléphant pour une heure de temps. Wahou. Je n’ai pas d’autres mots pour résumer cette expérience. Je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie dans un moyen de transport. La hauteur est impressionnante, et leur démarche lourde et lente fait de cette balade un enfer. Bien que surexcitée d’être sur le dos d’un éléphant, j’avais très hâte de le quitter. D’autant plus que le guide installé sur la tête de mon éléphant décide très souvent de quitter son poste et de laisser l’éléphant libre d’aller où bon lui semble. Autant dire que j’ai failli mourir une paire de fois. La balade à dos d’éléphant terminée, nous interagissons un peu avec eux avant de partir pour une nouvelle aventure. Cette fois, il s’agira de descendre la rivière sur un long et étroit radeau de fortune pour deux heures. Quelle rigolade ! La rivière est très réputée et de nombreux habitants s’y baignent tout au long de notre descente. Leur jeu préféré est bien évidemment d’arroser les farangs (étrangers) sur leur passage !

Une heure de route plus tard, nous voici de retour à l’auberge où nous partageons tous nos ressentis autour d’une bonne bière fraîche.





Retrouvez l'intégralité de l'interview d'où cet article est extrait sur le forum des PVTistes ici*.

vendredi 20 avril 2012

42. De Sukhothai à Chiang Mai.

Je monte dans le bus et comprends vite que prendre le dit bus depuis la vieille ville n'était pas chose à faire ; tous les sièges sont occupés, et l'allée centrale devient mon siège partagé. Je me dirige vers le fond du bus et décide de m'installer le plus confortablement possible sur le sol. Si les Thaïlandais me regardent tous de leurs regards stupéfaits, il me serait impossible de passer les cinq prochaines heures debout après avoir crapahuté dans le parc toute la matinée. Ma tête repose sur mon sac couché au sol, et, les paupières closes, j'essaye d'oublier -une fois de plus- mon confort et me concentre sur le reste. Un peu plus d'une heure plus tard, une Thaïlandaise me tape gentiment sur le bras pour m'indiquer qu'un siège s'est libéré. Je la gratifie d'un sourire et m'installe près de la fenêtre. Alors que je m'apprête à appuyer ma tête contre la vitre, je me reprends immédiatement. Je passe mes prochaines heures à observer du coin de l’œil une colonie de petits cafards qui fait des vas et viens du rebord de la fenêtre au siège situé devant moi. Si partager mon espace vital avec ces petits insectes m'est devenu envisageable après plus d'un mois en Thaïlande, la simple idée qu'il se retrouve sur mon corps me révulse.

L'attente à la gare de Chiang Mai fut longue. Une heure plus tard, un chauffeur vient enfin me récupérer. Une fois à l'hôtel, je dépose mes affaires dans ma chambre et planifie mes prochains jours : un trek de trois jours et deux nuits dans la jungle, et une demie journée de cours de cuisine Thaïlandaise. Je me dirige ensuite vers le bar-restaurant situé à l'entrée de l'hôtel où un chanteur entonne les paroles de Johnny Cash. L'air occidental qui règne dans cette place me donne un regain d'énergie pour les jours à venir.

La philosophie de l'endroit est écrite noir sur blanc sur le dessus de la scène :
Shoot nothing but pictures.
Kill nothing but time.
Leave nothing but footprints.

mardi 17 avril 2012

41. Dans la province de Sukhothai.

Alors que le soleil n'est pas encore levé, mon alarme sonne. Machinalement, je l'éteins et me demande bien quelle mouche m'a piqué pour avoir osé programmer cette dernière de si bonne heure. Et puis, je me souviens. Grommelant un tas d'insultes contre mon cerveau, je me lève, les paupières à demi ouvertes. La moiteur de la nuit me somme de prendre une douche froide et je m'exécute. Une fois bien réveillée, l'excitation et l'impatience prennent le dessus. J'emprisonne ma longue chevelure dans une natte, vérifie une dernière fois que toutes mes affaires sont prêtes au départ, et quitte ma chambre.

Dehors, une petite brise fraîche me chatouille le visage. La petite ville de Sukhothai se lève à peine au rythme de mes pas. Je croise le regard étonné de plusieurs villageois ; voir une européenne dans les rues à cette heure si prématurée, cela amuse autant que cela surprend. D'un pas décidé, je me dirige vers la partie nord du parc historique. Après m'être délectée de la partie centrale et de ces magnifiques temples -Wat Mahathat, Wat Tra Phang Ngoen, Wat Si Sawai, Wat Sa Si, Wat Tra Kuan, Wat Chaha Songkhram, King Ramkhamhaeng Monument- durant la journée d'hier, je compte bien profiter de la partie nord ce matin. Les allées sont désertes, je me sens seule au monde. Je marche depuis presque une heure quand, derrière Wat Phra Phai Luang, je le vois apparaître. Le moment est inoubliable, le sentiment d'impuissance incroyable. Sa couleur dorée se reflète sur la pierre. A son contact, les statues de Bouddha prennent toute leur ampleur. J'en ai l'envie de pleurer. Après m'être imprégner de la force de ce moment, je continue mon chemin et m'enfonce dans les abysses du parc. L'heure étant en ma faveur, je prolonge le plaisir jusqu'à la partie ouest du parc. D'un temple à un autre, d'un Bouddha géant aux petites statuettes éparpillées à travers les ruines, mon sourire se fait plus prononcé jusqu'à concurrencer l'irradiation des rayons du soleil. Je pourrais passer des journées entières à errer dans ce parc tant il est beau.

Quatre heures plus tard, les pieds en compote mais les yeux et l'appareil photo rassasiés, j'attends mon bus pour Chiang Mai.

dimanche 15 avril 2012

40. Sawadee pi mai.

Incertaines de ce qui nous attendait à l'extérieur, un peu avant midi, nous nous aventurons à l'extérieur de l'hôtel. Dans cette rue plutôt calme, l'atmosphère est lourdement différente des autres jours, signe de cet événement particulier : le nouvel an bouddhiste. Les effluves de l'euphorie environnante se font ressentir très rapidement. Sur le trottoir adjacent, une poignée d'enfants est postée en position d'attaque ; seaux d'eau, tuyau d'arrosage, pistolets à eau. Nous comprenons rapidement que notre sort est entre leurs mains et nous accélérons notre cadence pour éviter ce que nous devinons imminent. Une fine pluie d'eau froide parvient jusqu'à nous et nous commençons à courir.

Songkran est le nom donné au nouvel an bouddhiste en Thaïlande. A Bangkok, il a lieu chaque année du 12 au 15 avril. Trois jours où la ville se transforme en terrain de jeu pour une bataille d'eau monumentale. De manière traditionnelle, chaque famille se réunit afin que chacun fasse preuve de respect envers ses aînés en leur versant de l'eau parfumée sur les mains. Si le côté traditionnel n'a pas disparu, il s'en suit la plus grande bataille d'eau du monde. Pendant trois jours, toute technique est bonne pour mouiller son prochain.

Notre repas entre expatriés se déroule à merveille. A l'abri derrière de grandes vitres, nous observons la jungle extérieure tout en dégustant un festin. Le spectacle auquel nous assistons est démentiel ; personne n'est épargné, pas même l'homme d'affaire en costume qui tente tant bien que mal de se rendre au travail. L'heure d'affronter la zone de guerre approche et nous achetons de gros pistolets à eau afin de contrer toute attaque. Les prochaines heures ne seront que pure plaisir. Nous retombons complètement en enfance, trempées de la tête aux pieds, arrosant les passants avec frénésie. La rue principale est noire de monde, pas un mètre carré n'est laissé vierge. Des camions munis de lances à eau nous aspergent continuellement. Les Thaïlandais nous barbouillent le visage d'argile blanchâtre dont la visée est de nous porter bonne chance pour cette nouvelle année à venir. Mon corps est rempli de cette poudre blanchâtre qui me dégouline de partout. Si je ne suis pas chanceuse cette année, je ne comprends pas !

Pendant trois jours durant, il nous sera impossible de revenir à l'hôtel complètement sèche ou propre. Du seau d'eau rempli de glaçons au tuyau d'arrosage déversant des litres d'eau glacée, impossible d'échapper aux attaques enfantines. Les rires résonnent, les sourires de reconnaissance se partagent et le bonheur se lie sur tous les visages.

Sawadee pi mai !

jeudi 12 avril 2012

39. En route pour Kuala Lumpur.

Le chauffeur gesticule sur son siège ; il bouge dans tous les sens tel un asticot, comme s'il était infesté par les puces. Le mouvement de ses bras me fait ironiquement penser aux battements d'ailes d'une poule prise d'une crise de panique. Il entreprend également une gymnastique du cou quelque peu disgracieuse. Lorsque j'y réfléchis, il me semble être face à une caractéristique commune à tout chauffeur Thaïlandais. Tous sont possédés par le démon de la danse au volant. Les virages sont brusques, presque incontrôlés. Le minibus se ballote entre les voitures à la vitesse de l'éclair. Après la première heure, je laisse mon côté français sur le bord de la route et ne prête plus attention à cette conduite traduite de dangereuse par mon cerveau européanisé.

Une poignée d'heures plus tard, mon bus entre dans la ville de Hat Yai. Au milieu d'un carrefour, en pleine jungle urbaine, il nous abandonne sans remords. Sur ce bout de trottoir, mon rythme cardiaque s'accélère. Les autres passagers s'éparpillent et me voilà seule face à ce monde inconnu. Je ne me trouve définitivement pas à l'adresse indiquée sur mon billet de bus acheté à Ko Lanta. Prise de panique à l'idée de louper mon prochain bus pour Kuala Lumpur, j'erre dans les rues à la recherche de cette fameuse agence introuvable. Mon regard désespéré accroche celui d'une chauffeuse de taxi-scooter qui se démène pour m'aider. Elle appelle gentiment tous les numéros figurant sur mon billet imprimé et finit par obtenir une adresse. A cet instant précis, elle devient ma sauveuse. Une fois l'adresse obtenue, elle propose de m'y amener -gratuitement- et j'ai soudainement envie de la serrer si fort dans mes bras qu'elle en étoufferait. Mon gros sac de baroudeur sur les épaules, j'embarque à l'arrière de son scooter en priant quiconque puisse entendre mes pensées de ne pas m'ôter la vie aujourd'hui. Le poids de mon sac rend la balance difficile et nous vacillons entre les voitures jusqu'à l'agence. Nouveau billet en poche, ma sauveuse m'abandonne avec un sourire de triomphe sur le visage. La générosité de ce peuple me ramollit le cœur. Quatre heures d'attente plus tard, un nouveau stylo en poche, j'embarque enfin dans le bus qui me fera passer la frontière Malaisienne.

Très tôt dans la matinée, visa de touriste en poche, je pose les pieds à Kuala Lumpur. Tim et Denis, deux russes rencontrés à la descente du bus, et moi-même suivons un chauffeur de tuk-tuk qui nous amène dans une auberge de jeunesse bien sympathique de Chinatown. Après avoir avalés quelques poignées de sommeil, Tim et moi partons à la conquête de la ville ; au programme les Petronas Towers, la Menara et un bon repas copieux. Les Petronas Towers furent autrefois les plus grandes tours jumelles du monde ; la Menara est la quatrième plus haute tour de communication du monde derrière celles du Canada (Toronto), de la Russie (Moscow) et de la Chine (Shanghai). La belle architecture de la ville et mon compagnon de visite font de cette journée ensoleillée un moment très agréable.

Malaisie, je reviendrai !

dimanche 8 avril 2012

38. Koh Tao, Railey et Koh Lanta.

D'un endroit paradisiaque à un autre.

Koh Tao est le paradis des plongeurs. Bien que l'île nous ait accueillis par des pluies torrentielles entraînant une coupure de courant générale, le soleil nous revint le jour suivant. Nous avons loué des scooters afin de parcourir l'île avec plus de facilité. Je ne conduis pas, par peur, et laisse mes cheveux virevolter en arrière d'un garçon ou d'un autre. Masque et tuba en place, nous nous émerveillons des fonds marins. Nous goûtons au plaisir authentique dans un bar ou un karaoké. Nous dégustons des mets traditionnels avec fougue. Et bientôt, l'heure de reprendre la route nous rappelle à l'ordre et nous prenons un bateau puis un bus pour l'étape suivante.


Railey est le paradis des grimpeurs. Je ne grimpe pas et visite les recoins de cet endroit coupé du reste du monde, seule. Le temps ici semble s'être arrêté : aucun véhicule motorisé à l'exception d'une poignée de motocyclette, aucune route goudronnée, pas d'électricité après 6:00 PM... J'y découvre des kilomètres de sable blanc, des lagons quasiment inaccessibles, des randonnées dans la semi jungle lorsque la marée a avalé le chemin le plus court vers mon auberge située sur Tonsaï. Le temps s'égraine lentement, avec délectation. Mais Tonsaï est aussi l'endroit où le mot illicite n'a aucun sens. Les champignons hallucinogènes et autres petites douceurs de la nature y sont vendus sans état d'âme. C'est une vraie foire qui m'amène à la solitude, la vraie. Mon courage empoigné à deux mains, je dis furtivement en revoir à mes compagnons de route et embarque dans un long tail boat pour d'autres aventures. A quelques kilomètres du bord de l'eau, le petit bateau à moteur s'immobilise. Je lance à l'autre voyageur présent un regard où se mêlent inquiétude et amusement. A peine le temps de laisser entrer le doute que mon bateau pour le prochain paradis est là. Un gros paquebot touristique d'où un employer tire mon gros backpack avant de m'aider à y monter. En route pour l'aventure en solitaire !

Quelques sérieux coups de soleil plus tard -ne jamais s'endormir sur le pont d'un bateau les jambes à l'air- et me voici à Koh Lanta, paradis des lézards. Hôtel avec piscine les pieds dans le sable pour une bouchée de pain, je savoure mes premiers moments de solitude avec joie. Je babille à droite à gauche avec d'autres vacanciers, visite l'île à pieds, et m'enquiert du reste de mon programme. Les jours s'envolent si vite que je me retrouve, avant même de m'en rendre compte, dans un bus en direction de ma prochaine destination : la Malaisie.

lundi 2 avril 2012

37. De Chumphon à Koh Tao.

Chumphon - Koh Tao.

Minuit, nous montons à bord du petit bateau le pas incertain. A l'intérieur, une cinquantaine de matelas de fortune insalubres sont posés à même le sol. Quatre petits ventilateurs aèrent cette pièce où, minute après minute, chaque matelas trouve preneur. Installée près de la porte, je tente tant bien que mal de trouver un minimum de confort. La traversée durera six heures, six heures durant lesquelles le remous de la mer nous bercera. La chaleur est difficilement supportable, si bien qu'il m'est impossible de véritablement fermer l’œil. Ma vie empaquetée à mes pieds, je me sens tel un clandestin à l'avenir incertain. Dans le silence brouillon de cette embarcation, mes pensées s'entrechoquent.

Quelque part, le poids des années qui passent me perturbe. Mon insouciance me manque, le temps aussi. Tous ces souvenirs que j'éparpille à droite à gauche, ces bouts de moi que j'enterre parfois à un endroit qui m'est cher. Tout ce qui aujourd'hui me manque me paraissait si insignifiant et anodin sur le moment. En réalité, aucun moment ne mérite le terme d'insignifiant. Chaque instant, qu'il soit bon ou mauvais, est exceptionnel.

Je regarde autour de moi et je me dis qu'un jour, ce moment fera parti de ceux que je qualifierai de magique.

mardi 27 mars 2012

36. La région de Surin.

Cheveux au vent, le temps s'égraine allègrement. Heure après heure, nous migrons un peu plus vers l'est du pays. Depuis Ayutthaya et son célèbre parc historique, nous nous sommes dirigés vers la région de Surin. Au village de Ban Tha Sawang, j'ai pu observer des femmes habilement tisser la soie et à celui de Ban Khwao Sinarin, j'ai vu des hommes et des femmes travailler l'argent avec une concentration certaine. Lorsque nous sommes arrivés à Ban Ta Klang, village d'éléphants, j'étais partagée entre l'excitation de cette rencontre hors du commun et l'indignation que me provoquait la captivité de cet animal majestueux. Le plus outrageux fut de voir ce spectacle où se mêlent dressage et dérision. J'en suis repartie le cœur lourd, une pointe d'impuissance entre les côtes.

Par soucis d'économie, et surtout pour son côté grisant, nous levons le pouce dans l'espoir qu'un pick-up veuille bien nous emmener vers notre prochaine étape. L'attente est parfois longue, mais arrive toujours le moment où une famille Thaïlandaise nous embarque volontiers à l'arrière de son véhicule. Parfois, nous ne sommes pas les seuls à profiter de la brise légère ; de jeunes enfants ou des adolescents partagent timidement leur espace vital, portés par la fierté de leurs parents. Les yeux rieurs de ces derniers nous rappellent la bonté du peuple thaïlandais...

Quelques jours plus tard, nous rebroussons chemin vers la capitale. Un arrêt au Phanom Rung National Park et au Khao Yai National Park me paraissent indispensable. Les ruines de l'un et la beauté floristique de l'autre me comblent de joie. Mes pupilles sont en émoi. A cet instant précis, rien ne compte plus que mon amour pour Mère Nature.


Forever and after.

mardi 20 mars 2012

35. Un train pour Surin.


Nous ne traversons qu'une partie de l'est mais déjà, l'est se veut sauvage, majestueux, poétique. L'est se fait beau de par ses rizières qui s'étendent sur des kilomètres, à perte de vue. Toute cette végétation me semble bien caractériser l'Est. Je n'ai jamais vu un vert aussi intense que celui-ci. Si prononcé qu'il éblouit.
Le ciel est d'un gris fade et plaintif, comme s'il voulait laisser à ce vert l'occasion de s'exprimer, de dominer l'espace et d'être le roi du paysage.


Il y a certains souvenirs qui vous reviennent sans raison apparente. Un geste, un regard, une date... un rien peut provoquer un retour involontaire dans les dossiers poussiéreux de notre mémoire. Elle passe la main dans les cheveux de son compagnon, et je me souviens d'une des premières fois où je l'ai revu, après mon retour du Canada, il y a bientôt deux ans de ça. Nous allions danser, pour fêter l'anniversaire d'une personne qui n'a à ce jour plus sa place dans ma petite vie qui se veut ordonnée. Il venait de se faire couper les cheveux, après une remarque que je lui avais faite quelques semaines auparavant. L'attention qu'il avait porté à ce détail, sans réel intérêt, m'avait frappé. Et pourtant, c'est de ce détail insignifiant qu'est née notre relation. Les sentiments en sont venus à se mêler au plaisir bien plus vite que voulu, avant que l'ignorance ne finisse par apparaître à son tour. Cette ignorance qui aujourd'hui me tue à petits feux. Je me souviens de ce jour où nous parlions vaguement de se voir au Canada... et aujourd'hui ? Aujourd'hui, le néant.

samedi 17 mars 2012

34. Wat Pha Suwannahong.


Copyright: Choss Climbers.



Matériel sur le dos, il est l'heure de pimenter l'aventure avec un peu d'inconnu: ma première expérience de rock-climbing. Le temple Wat Pha Suwannahong, situé aux pieds de la face nord de Khao Chin Lae, abrite un site d'escalade réputé au niveau international.

Nous choisissons l'option la moins onéreuse afin d'atteindre le site. Nous empruntons tout d'abord un pick-up faisant office de minibus, à l'arrière duquel un chenapan de singe viendra prendre possession de mon en-cas, pour rejoindre la gare routière située à l'extérieure de la vieille ville de Lopburi. De là, nous montons à bord d'un antique bus qui nous déposera à 15 kilomètres au nord-est de la ville, au beau milieu des champs. Nous marchons, sans trop d'assurance, sur cette route désertique sous un soleil d'aplomb. Après quelques minutes, nous croisons ce qui semble être un rassemblement militaire. Tour à tour, de jeunes militaires tombent du ciel, sous les applaudissements d'un attroupement installé dans un champ. Je suppose qu'il s'agit de leur baptême de l'air. Nous nous installons à l'ombre d'un arbre et observons ce jour de fête avec amusement. Je m'imagine alors, un jour futur, participant à mon propre baptême de l'air. L'entrain s'empare de moi et je me lève d'un bon, prête à reprendre la marche vers notre but de la journée. Après plus de 30 minutes de marche, nous ne sommes toujours pas certains d'être sur le bon chemin. Quelqu'un du coin passe à côté de nous sur son deux roues. Peu de temps après, nous voyons cette même personne revenir vers nous. La communication sera difficile mais il nous proposera de faire deux voyages pour nous emmener au temple ; un geste d'une gentillesse à faire sourire un grincheux.

Epaules couvertes, nous pénétrons dans le temple où une moine bouddhiste viendra à notre rencontre. Elle comprend rapidement que nous sommes là pour grimper, et nous fait suivre le protocole habituel. Nous prenons ensuite le chemin du "Secret Garden Area" où nous avons choisi d'aller. Pour atteindre le terrain d'escalade, il faut emprunter un chemin de terre, à travers les champs, où nous apercevrons quelques paysans. Une fois un manguier atteint, nous entrerons finalement dans la forêt, où l'ombre nous soulagera de bien des maux. Une petite marche plus tard, nous voici aux pieds de la voie nommée Jumpin' at the woodside ouverte en 2005 par Benoit Grasser. Si mes compagnons se régaleront de ces 20 mètres d'altitude, je ne profiterai malheureusement que de la moitié du plaisir, prise de vertige à mi-chemin.

Cette expérience fut des plus enrichissantes malgré tout. Elle me rappela des moments de mon insouciante jeunesse, où, n'ayant pas froid aux yeux, j'avais effectué un bout de Via Ferrata en construction.


Le jour suivant, nous sommes allés profiter au lac Ang Sub Lek, très prisés des Thaïlandais. L'eau y était toutefois bien trop sale pour que je n'ose moi-même m'y aventurer, et ses abords en sont tout aménagés ce qui enlève malheureusement un peu de charme au site. La détente était malgré tout au rendez-vous et quiconque s'aventure aux abords de Bangkok doit absolument faire un tour à Lopburi et profiter de ses environs.

jeudi 15 mars 2012

33. De Bangkok à Lopburi.

Ce matin, nous avons quitté la fourmilière.

Bangkok m’a plu sans pour autant me transcender. Il me semble que son mouvement perpétuel est ce qui m’a particulièrement attirée. Bangkok ne s’arrête jamais de gesticuler dans tous les sens. Les premiers jours dans cette grande ville ont filé à la vitesse de l'éclair et pourraient facilement se résumer en un mot : marché. En long, en large et en travers, nous avons marché à travers les marchés dans une chaleur plus qu'accablante.


Située à environ une heure et demie au nord de Bangkok, Lopburi n’est cependant pas une ville comme les autres ; c’est une ville où les singes sont les fières propriétaires des terres. Ils vous dérobent votre nourriture à même les mains ; ils vous réveillent le matin en crapahutant sur les toits ; ils vous observent sous toutes les coutures, perchés sur les câbles électriques ; ils se donnent le droit de partir en escapades non autorisées à l’arrière de vos camions ; et une fois le soleil couché, ils reprennent entière possession de la ville... Ils font naître une paranoïa qui se mêle vite à un jeu palpitant.

L'ambiance qui règne ici est tout autre que celle trouvée à Bangkok. La population y est à la fois souriante, généreuse et curieuse. L'authenticité est partout présente, ce qui fait le charme de cette ville. Les ruines, éléments clés du paysage, sont le terrain de jeux préféré des singes. Malgré les cafards, les rats, les colonies envahisseuses de fourmis et les moustiques, il fait bon vivre à Lopburi.

dimanche 11 mars 2012

32. Au revoir Yukon.

Je ne suis pas encore certaine de réaliser ma séparation d'avec le Yukon. Et pourtant, je me trouve actuellement quelque part au-dessus du Pacifique en direction de Shanghai, pour ensuite atteindre ma destination finale qu'est Bangkok. Le jour du départ est arrivé à grande vitesse, sans crier gare. Et ce dernier fut aussi difficile que mes pensées me le laissaient présager. Aucune larme, mais le coeur prêt à exploser au moindre mouvement brusque, ce qui ne manque pas avec un si long voyage. Je me demande si le manque de cet endroit qui grandit déjà en moi perdurera avec le temps. Parfois, le manque n'est qu'illusion ; un état passager qui disparaît avec la course folle de la vie...

Et parfois, le manque se trouve très accroché à notre petite personne. Il me manque toujours autant, même si je n'y pense plus aussi souvent. Durant une fraction de poussière de temps, j'ai su l'oublier face à un autre. Mais cet autre ne représentait qu'une illusion dans ce vague à l'âme qu'il représente, à des milliers de pieds dans l'air. Que ferai-je dans deux mois, lorsque le temps me rattrapera ? L'envie me hurle de le revoir, alors que la raison me somme d'ignorer son appel. Il y a cette petite voix, celle qui n'a cessé d'espérer malgré les mois de silence. Il y a cet espoir, aussi infime soit-il, qui me rappelle qu'il a un jour éprouvé des sentiments amoureux envers ma personne.





Vue du ciel, Shanghai ressemble à un énorme quadrillage de lumières si intense qu'elle pourrait faire rentrer le monde entier en crise d'épilepsie.

Mes paupières se font lourdes, les dernières heures de voyage mêlées à ces incessantes pensées m'ont épuisée. Je ne suis plus certaine d'avoir fait ce que certains appellent le "bon" choix. Le doute s'empare toujours de moi à la dernière minute, juste avant de poser les pieds en terrain inconnu. Généralement, il se fait vite rattraper par l'excitation. L'inconnu m'attire plus qu'il ne m'effraie. J'aime à penser que je suis de ces personnes capable de repousser leurs limites, capable de faire place à ce qui est étranger, capable d'accueillir et d'affronter le bon comme le mauvais avec calme et relativisation...

A bout de nerfs et survoltée, je laisse enfin les larmes perler sur mes joues blafardes.

vendredi 2 mars 2012

31. De Whitehorse à Bangkok.

Le départ se fait imminent. Un peu moins de deux semaines et nous serons dans le bus pour Vancouver, afin d’y attraper un vol pour Bangkok. À l’excitation vient se joindre l’appréhension de quitter cette ville et ses habitants.

Après bientôt 6 mois, je dois avouer que j’y suis bel et bien attachée, à ma petite routine yukonnaise. Les jours se suivent et se ressemblent étrangement. Moi qui fuis la routine en France, me voici à la chérir par ici. Grasses matinées, promenades aux Hidden Lakes afin de profiter du soleil, petites princesses, vaisselle et tons of pounds of fries, pichets de Yukon Gold ou Ice Frog, interludes musicals, préparations de voyage, vente de voiture, nouvelles rencontres, Yukon Quest, tricot, ukulélé, de l’amour, des rires... mixez le tout et vous avez de la joie à en revendre.



Le mieux est encore de ne pas se dire en revoir et de prétendre que demain, nous nous reverrons. Aucun adieu, uniquement des au revoir.

samedi 25 février 2012

30. Sourdough Rendezvous festivités.

Dix demoiselles montent sur scène et, ayant enfilée mon costume de jeune prude innocente, ce qu'elles s'apprêtent à faire me paraît quelque peu incongru. Tour à tour, elles exhibent fièrement leurs gambettes aux trois membres du jury. Ces derniers ne devront non pas juger de leur galbe mais de leur pilosité ! Longueur, épaisseur, couleur, temps de pousse... tout est passé au peigne fin. La gagnante du concours a les poils des jambes presque aussi longs que ceux d'un homme de Cro-Magnon. Le plus gratifiant, c'est qu'elle est originaire de France ; voilà qui redore aisément notre blason dans la communauté yukonaise. Ensuite, c'est au tour des hommes de démontrer leur extraordinaire pilosité faciale. Les jurys devront déterminer lequel de ces hommes a la barbe la plus touffue, avant de s'attaquer à la moustache la plus fournie.

Depuis des années, pour une période plus ou moins longue, le mois de février accueille à Whitehorse ce qui s'appelle depuis 1962 le Yukon Sourdough Rendezvous Festival. Bien que la création initiale de ce festival remonte à l'année 1945, ce n'est que depuis 1964 qu'il bat son plein en popularité. Aujourd'hui, il permet à la communauté yukonaise de revivre le temps de quelques jours les festivités d'autrefois. Lancée de hache, de tronçonneuse, ou encore de rondin de bois ; course en sac à patates, en lit ou en binôme ; sculptures de neige, cabane à sucre, parades, spectacles de danse, scènes musicales, rencontres sportives des jeux d'autrefois et concours en tout genre... ce festival nous fait vivre un véritable retour en arrière !

Les sourires sont sur tous les visages, les températures négatives n'ont raison de personne, et les longs mois hivernaux se font presque oublier. Whitehorse a le cœur en fête.