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vendredi 21 décembre 2012

Paulette #5

Je t'ai tellement aimé entre ces murs...

Dans l'obscurité d'une nuit d'hiver, je suis venue me confronter au passé. Non sans crainte ou appréhension, à petits pas feutrés, je pénétrai là où tout avait basculé. Les réminiscences d'un nous se bousculaient au portillon de mes pensées, et cette nuit-là, près de ton fantôme je me suis couchée.

Celui qui pense que le simple souvenir d'un instant passé n'a point d'âme n'a donc jamais aimé. Les cinq sens en action, je revivais chaque sensation de nos derniers moments passés ensemble. Le goût salé de tes larmes qui se mêlent aux miennes, le frisson de nos gestes maladroits, l'incompréhension de ton discours sans queue ni tête, l'effluve de nos corps enlacés, ou encore nos regards emplis de tristesse... pas un ne manquait à l'appel de nos adieux revisités. 

Je t'ai tellement aimé entre ces murs. Aimé, et détesté. Mon ami, mon amant, mon amour. Il ne reste plus que mon cœur, désemparé, au milieu de ce tas de poussière que nous sommes devenus. Mon cœur, seul vestige d'un amour avorté.

samedi 21 juillet 2012

Paulette #4

Insomnie.

La nuit était bien trop longue. Paulette était fatiguée, mais la fatigue ne suffisait même plus à calmer ses pensées. Elle savait que la seule chose qui pourrait encore la calmer lui était interdite. Et pourtant, cette nuit, machinalement, elle se glissa hors du lit en prenant soin de ne pas réveiller Pierre -à moins qu'il ne s'agissait de Paul... Elle enfila ses chaussures, attrapa son sac à main et se faufila à l'extérieur de l'appartement. Il lui sembla marcher pendant des heures. Ses pieds lui faisaient un mal fou, mais bientôt, elle atteint son but. Les yeux grands ouverts, elle contemplait cette porte à la peinture défraîchie comme si elle allait se mettre à parler. Elle fit quelques pas et se retrouvait maintenant nez à nez avec cette dernière. Attentive aux moindres bruits, Paulette ne bougeait plus. Le silence était de marbre de l'autre côté. Résignée, Paulette recula. Ses yeux s'embrumèrent et quelques perles vinrent rouler sur ses joues. Elle resta des heures à contempler cette porte, pleurant à chaudes larmes, silencieusement. Au petit matin, Paulette entendit les premiers signes de vie de l'autre côté de la porte. Immobile, elle se voulait invisible. Tout à coup, la porte se mit en mouvement. Terrorisée, Paulette s'enfuit en courant, sans même se retourner. Elle courra jusqu'à en perdre allène.

Ce matin-là, Paulette prit un bus. Aucun bagage, aucun ticket à la main, aucune destination sur le papier, Paulette s'en est allée... à jamais.

mercredi 27 juin 2012

Paulette #3

Ses pas ne sont plus que le fantôme d'un passé qui la hante.

Coups d’œil furtifs et craintifs, lancés tel un appel à l'aide. Paulette lance des regards apeurés dans toutes les directions, à la recherche de ce qu'elle a depuis bien longtemps déjà perdu. Le pessimisme au bout des doigts, elle joue nerveusement avec une mèche de cheveux, dans l'attente d'un signe de vie de l'autre côté de la vitre.

Les souterrains du métro sont un labyrinthe qu'elle chérie avec anxiété. Les grandes rues où elle magasine lui font perdre raison. Le temps est bien trop long lorsque le cliquetis de l'horloge devient incessant et bruyant.

Pas lourds sur le béton, Paulette rentre chez eux, déchue. Les draps sont si froids que sa peau en frissonne. La nuit sera bien longue, sans cette vivacité qui occupait les moutons d'autrefois.

dimanche 25 mars 2012

Paulette #2

Les jolis mots courent le long de ses reins fatigués par son absence. L'absence, douce torture qu'elle s'inflige année après année. Elle, Paulette. Et les tu me manques qui tourbillonnent et puis s'envolent. Avec un autre, avec un autre.
Paulette perd le contrôle. Enveloppée dans ces draps froids, les yeux grands ouverts dans la pénombre de sa chambre, elle cherche les réponses aux questions qui dansent au plafond. Statut indéfini. Indéfiniment trompée par l'absence. Cette absence qu'elle chérie. Pour un autre, pour un autre.

vendredi 23 décembre 2011

Paulette #1

Elle court après le temps qui ne vend que du vent. Ce petit bout de femme qui, sans gêne, se dérobe à sa propre existence. Elle n'a que faire des autres, et ne parle que d'elle. Et pourtant, les traits fatigués des longues nuits d'hiver trahissent ses insomnies. Si jeune, et le poids des bougies comme fardeau. Elle aimerait fuir les années qui défilent, les offrir à une autre contre l'immortalité de l'insouciante enfance. Postée à la fenêtre, elle observe l'hiver s'installer. Et les chants de Noël qui aujourd'hui sonnent faux. Dans la paume de sa main, tout l'amour du monde. Sous ses pieds, son cœur bafoué. Et dans sa tête, une toute petite voix qu'elle étouffe entre le pouce et l'index, pour ne point se brûler.