vendredi 21 décembre 2012

Paulette #5

Je t'ai tellement aimé entre ces murs...

Dans l'obscurité d'une nuit d'hiver, je suis venue me confronter au passé. Non sans crainte ou appréhension, à petits pas feutrés, je pénétrai là où tout avait basculé. Les réminiscences d'un nous se bousculaient au portillon de mes pensées, et cette nuit-là, près de ton fantôme je me suis couchée.

Celui qui pense que le simple souvenir d'un instant passé n'a point d'âme n'a donc jamais aimé. Les cinq sens en action, je revivais chaque sensation de nos derniers moments passés ensemble. Le goût salé de tes larmes qui se mêlent aux miennes, le frisson de nos gestes maladroits, l'incompréhension de ton discours sans queue ni tête, l'effluve de nos corps enlacés, ou encore nos regards emplis de tristesse... pas un ne manquait à l'appel de nos adieux revisités. 

Je t'ai tellement aimé entre ces murs. Aimé, et détesté. Mon ami, mon amant, mon amour. Il ne reste plus que mon cœur, désemparé, au milieu de ce tas de poussière que nous sommes devenus. Mon cœur, seul vestige d'un amour avorté.

mercredi 21 novembre 2012

Interview #3

Dans 17 jours, mon Permis Vacance Travail touche à sa fin. Pour marquer le coup, une petite interview aux airs de bilan.

Ville de provenance ?
Puget-sur-Argens, petit bled paumé à côté de Fréjus/Saint Raphaël, dans le Var. Mais en vrai, je suis eun' ch'ti mi... mais ça, c'est une autre histoire!
Ville de destination ?
Mon point de départ au Canada a été Whitehorse, au Yukon. Mais ça n'a été qu'un point de départ, j'avais dans l'idée de beaucoup bouger durant mon PVT.
Sur place depuis combien de temps ?
Au Canada depuis un an et un peu plus de trois mois maintenant, avec une coupure de deux mois en Thaïlande. Bientôt la fin de mon PVT, le 8 décembre, c'est un sentiment très étrange.
Baroudeur ou pas ?
A 200% oui ! J'ai toujours aimé bouger, depuis que je suis adolescente. Lorsque je vivais encore en France, déjà, j'aimais ça... ça m'a permis de visiter pas mal de villes en France (Paris, Lyon, Biarritz, Poitiers, Montpellier, Toulouse, Nice, Cannes, Monaco...) et aussi quelques places à l'étranger (petit séjour en Espagne, en Angleterre, en Italie, en Belgique, en Allemagne, au Pays-Bas). Plus tard, je suis partie 8 mois au Canada, à London (Ontario) pour améliorer mon anglais oral après avoir obtenue une licence d'anglais, et j'ai visité Thunder Bay, Toronto, Montréal et New-York. En rentrant en France, je suis partie un mois en Tunisie, dans un camp d'archéologie. Puis après ça, j'ai décidé de me poser chez papa-maman pour mettre de l'argent de côté afin de repartir au Canada en PVT... une fois au Canada, j'ai d'abord passé 7 mois à Whitehorse, au Yukon; de là, j'ai visité quelques places en Alaska, quelques places en Colombie-Britannique et pas mal d'espaces au Yukon bien sûr (mais toujours en restant dans le sud du Yukon...). Après cela, j'ai eu l'occasion de partir deux mois en Thaïlande alors je l'ai prise; j'y ai baladé mon backpack à l'est, au sud jusqu'en Malaisie, et au nord jusqu'à la frontière du Laos. A mon retour, j'ai passé quelques jours à Vancouver, quelques jours à Thunder Bay, et quelques jours à Montréal avant de partir sur les routes du Québec. Au programme, un bout du Québec, la Gaspésie, l'île du Prince Edward, les îles de la Madeleine, et un petit bout du New Brunswick. Ensuite, je me suis posée deux mois à Montréal pour me refaire un peu le compte en banque. Mais j'ai vite eu l'envie de repartir ! Je suis donc partie sur le pouce jusqu'à Meadow Lake, au nord de la Saskatchewan, pour y passer un mois dans un ranch. Et maintenant je suis de nouveau sur Montréal depuis un mois et demi pour la fin de mon PVT afin d'économiser pour mon année d'études ici !
Que faisais-tu en France?
Pas grand chose. J'étais serveuse dans un restaurant à mi-temps.
Pourquoi cette envie de t’envoler pour le Canada ?
Les grands espaces, la diversité, la faune et la flore... lorsque j'étais venue y passer 8 mois en 2009, je suis tombée amoureuse du peu de ce que j'ai vu. Je voulais absolument y revenir pour en voir davantage, et explorer cet immense pays.
Pourquoi Whitehorse ?
Et pourquoi pas ?
Je ne connaissais rien du Yukon avant de venir m'y installer. De fil en aiguille, cette destination s'est ouverte à moi et après avoir regardé un peu d'informations sur internet, il ne m'a pas fallu longtemps pour me décider... tape donc voir Yukon dans ta barre de Google Images mon ami et dis moi que ça ne te donne pas envie ?!
Est-ce que c’est la première fois que tu vivais à l’étranger ou que tu partais aussi longtemps ?
Comme je l'ai dit, j'aime pas mal bouger. Ce n'était donc pas la première fois que je vivais à l'étranger vu que j'avais déjà vécu 8 mois au Canada avant de demander mon PVT... mais c'est maintenant la première fois que je suis partie aussi longtemps sans revenir en France... 1 an et 4 mois... wahou ! Je n'en reviens pas moi-même...
Quel a été ton sentiment dominant au cours des deux premières semaines à Whitehorse ?
Mitigé.
J'étais très excitée et très heureuse d'être là. Je suis arrivée à la fin de l'été, j'ai pu profiter des magnifiques couleurs de l'automne qui sont très vite arrivées après mon arrivée. La nature s'étalait devant mes yeux, c'était un sentiment très agréable. En plus, j'ai eu la chance de tout de suite aller visiter un bout de l'Alaska et les routes qui s'offraient à moi me donnaient la chair de poule tellement c'était magnifique !!!
Mais j'étais aussi encore très triste à ce moment-là... je venais de quitter quelqu'un qui était très cher à mes yeux et que je ne retrouverai plus. Quitter mes parents, ma famille, c'est chose acquise chez moi, j'ai appris avec le temps qu'ils seraient toujours là pour moi. Quitter mes amis est aussi chose facile car je sais que les vrais resteront toujours présents malgré la distance et le temps. Mais quitter cette personne a été très difficile car je savais que plus rien ne serait comme avant, que le temps m'enlèverait ce que j'avais... pendant les premiers temps à Whitehorse, il m'a donc fallu prendre sur moi afin de ne pas y penser et de ne pas me "gâcher" mon expérience. La distance a aidé, même si à l'heure d'aujourd'hui, j'ai toujours un pincement au coeur lorsque j'y pense. Dans le fond, je ne regrette pas d'être partie, je regrette juste que lui soit parti de ma vie...
Est-ce que ta situation professionnelle t’a paru satisfaisante, au Canada ?
Je ne peux pas répondre non à cette question. Il y a quelque chose de très différent au Canada en comparaison à la France dans le monde du travail, c'est que l'on te donne ta chance si tu montres de l'enthousiasme. En France, j'étais serveuse, ma situation professionnelle ne m'était donc pas très satisfaisante. Bien que j'aimais ma job, je n'ai absolument pas évoluée en presque un an dans le même restaurant. Au Canada, j'ai occupé plusieurs emplois. A Whitehorse, j'ai commencé par être plongeuse. Je voulais travailler en cuisine et devenir aide cuisinier... mais avant cela, il me fallait passer par le bas de l'échelle. Après deux semaines comme plongeuse, mon patron a décidé de m'apprendre à préparer les entrées et les fritures car il a vu que j'étais rapide et efficace dans mon travail. Deux semaines !!! Un mois plus tard, je travaillais majoritairement comme "cuisinier" et de temps en temps comme plongeuse. Après un mois et demi donc, mon salaire a augmenté. A Montréal, durant l'été, j'ai travaillé dans une entreprise de plongeurs également. Mais je voulais juste mettre de l'argent de côté, cela m'importait peu. Depuis que je suis rentrée de la Saskatchewan, j'ai postulé pour un poste de serveuse dans un restaurant mais ils ont décidé qu'avec mes diplômes, je pouvais être hôtesse. Je suis donc désormais hôtesse dans un restaurant et j'adore ma nouvelle job !
Quelles ont été tes plus grosses difficultés au Canada ?
La vie est chère au Canada. Un petit salaire permet à peine de payer son loyer et de manger correctement. Il faut en être conscient. Au début, j'avais mes économies, pas de soucis. Mais après un temps, cela devient plus difficile et il faut enchaîner les heures de travail et parfois même avoir plusieurs petits emplois...
Quel est ton meilleur souvenir ?
Je serais incapable d'en choisir un. Je serais même incapable tout court de répondre à cette question. Mon meilleur souvenir, c'est toute cette aventure en générale.
Est-ce que certaines choses t’ont manqué ?
La cuisine de ma maman. Ma voiture. Le vin pas cher. Le fromage pas cher. Mais c'est surtout la mer qui me manque...!
Et puis, bien sur, il y a certaines personnes qui me manquent, certaines que je vais revoir très bientôt, et d'autres qui continueront de me manquer avec le temps et les années...!
Qu’est-ce que cette expérience t’apporte, du point de vue personnel ou professionnel ?
Du point de vue personnel, elle m'apporte énormément. Pour moi, partir, c'est grandir. Je me construis lors de mes voyages. J'en apprends plus sur moi-même, sur le monde qui m'entoure, sur les autres. J'en ressors toujours différente et grandie.
Du point de vue professionnel, cette expérience me permet de croire en mes rêves et en mes passions. Ici, j'ai la sensation qu'avec de l'ambition, tout peut devenir possible... il faut juste savoir y croire !
Quels conseils donnerais-tu aux futurs PVTistes ?
N'ayez pas peur de l'inconnu, peur de faire les choses différemment. Ne prenez pas les coups durs comme des défaites mais comme des challenges. Ne lâchez pas prise même lorsque le moral est à zéro ! Et surtout: osez !!! Vous avez un an, profitez-en à fond !!! Je rencontre beaucoup de PVTistes à Montréal qui me disent que j'ai de la chance d'en avoir vu autant, qu'ils aimeraient bien aussi voir tel et tel endroit... et je leurs demande toujours pourquoi ils n'y vont donc pas ?! C'est aussi simple que cela y parait... tout dépend de votre volonté !

lundi 22 octobre 2012

Interview #2



Je me suis -de nouveau- prêtée au jeu de l'interview sur le forum des PVTistes... cette fois, en ce qui concerne mon expérience en Saskatchewan.

Comment t’y es-tu pris pour trouver ce travail ?
J’ai trouvé cet emploi via le site HelpX.
A-t-on exigé que tu aies des compétences ou des diplômes particuliers ?
Absolument pas. Toute aide était la bienvenue, expérimentée ou non !
Une fois que tu as commencé a travailler, comment ça s’est passé ?
Très bien. Il faut un peu de temps pour s’adapter, principalement parce qu’il s’agit d’une grande famille, d’une communauté composée des membres de la ferme et des différents helpers venus de différents coins du monde. Il faut trouver sa place, observer le fonctionnement de la ferme et après un ou deux jours, c’est que du bonheur !

On était logé dans des cabines à côté de la maison (il y en avait deux, une petite pour deux là où j’étais et une grande pour 5), ou dans une caravane pour l’un, ou certains dans la maison même (il y a deux chambres pour les helpers à l’intérieur). Pour la bouffe, généralement c’était notre hôte qui le faisait, ou quelque fois les helpers; mais c’était toujours des gros festins, miam !!!! Pour l’accueil, c’était assez « étrange » sur le début. Marilyn, celle qui gère la ferme, est quelqu’un d’hyper actif et de speed, il faut réussir à la suivre le matin quand elle donne les tâches de la journée !!! Mais à côté de ça, c’est le fun ! On devient tous une grosse famille après quelques jours !

Sinon, selon moi, toute personne n’ayant pas peur de se salir ou peur des animaux est capable de faire ce travail ! Il faut être un minimum manuel mais même sans ça, on apprend très vite… j’ai tenu une tronçonneuse pour la première fois, conduit un tracteursans frein pour la première fois ! Quand je suis dans l’inconnu comme ça, personnellement, je me surpasse !
A quoi ressemble une journée typique au ranch ?
7:00 AM, l’alarme de mon téléphone se met en route. Machinalement, je l’éteins. Après plus de trois semaines passées dans la ferme, j’ai réussi à y trouver ma place. Encore à moitié endormie, j’enfile un gros sweat-shirt par dessus mon pyjama et saute dans mes bottes de pluie. Lorsque j’ouvre la porte de ma cabin, Abby m’accueille. Abby, c’est une des chiennes de la ferme.

Je descends jusqu’au silo à grains, suivie de très près par Abby, Grub et Moe. J’attrape deux seaux au passage, que je m’empresse de remplir de grains avant que les divers animaux n’arrivent. Je remplis l’un d’eux au ¾ et l’autre à moitié. La tâche est devenue difficile car le silo commence à être vide, je suis obligée de tambouriner sur ce dernier pour en obtenir la quantité nécessaire. Entre temps, les deux chèvres sont arrivées de leur démarche boiteuse. J’ai de la boue jusqu’au milieu des bottes. Une fois les seaux pleins, je rejoins les chèvres dans l’ancien poulailler, là où elles ont élu domicile, et verse la plus petite quantité de grains que je sépare en deux dans leurs gamelles. Ensuite, je vais aller chercher un petit square de foin un peu plus loin, toujours en compagnie de mon seau et des chiens. Je dépose ¼ du ballot dans le poulailler et me dirige ensuite vers la maison. Sur ces 500 mètres, je suis interpellée par une dizaine de chevaux qui ont tous pour but de fourrer leur tête dans mon seau de grains. Tant bien que mal, j’arrive à l’enclos des deux veaux qui sont toujours aussi excités de me voir arriver avec leur nourriture. Je leur verse à chacun la moitié de la quantité de grains dans mon seau, éparpille ensuite le foin et ouvre l’eau du tuyau d’arrosage pour remplir leur bac d’eau.

Je me faufile ensuite dans la maison afin de prendre les restes de nourriture qui serviront à nourrir les cochons. Je coupe l’eau et entreprend de chercher les cochons. Parfois, ils sont en bas, au silo à grains, prêt à me passer sur le corps pour manger les grains à même le silo ! D’autres fois, il me faut gambader dans les champs alentours pour les trouver. Ce matin, je les trouverai dans les champs. Lorsqu’ils m’aperçoivent, ils grognent et se dirigent droit vers moi à toute allure. Man, pour m’être fait courser par ces même cochons, je peux vous dire que ça court vite ces bêtes-là ! Je divise en deux la portion de restes et m’assure que Porky, le mâle, ne mange pas la part de Suzy, la femelle. Après quelques minutes, tout est parti et je me redirige vers la maison pour me nourrir moi-même ! Ma première tâche de la journée, nourrir les animaux, est terminé après 30 bonnes minutes.

Aujourd’hui, je travaille au stockyard de la ville, là où ils vendent le bétail : vaches, taureaux, veaux. Je m’empresse donc de déjeuner et de m’habiller. Inutile de me laver avant d’aller au stockyard ! Nous sommes plusieurs de la ferme à y travailler, et nous y retrouvons d’autres helpers d’une ferme du coin. J’adore travailler au stockyard ! Notre job est de courir après le bétail une fois qu’ils sont vendus. Une à une, les vaches défilent devant nous et, à tour de rôle, nous les envoyons dans la bonne direction et dans la bonne parcelle. Chaque parcelle a son acheteur. Dans le même temps, mes compagnons courent après les taureaux. Je déteste les taureaux, ils me font vraiment peur. Depuis ce malheureux « incident » où je marchais tranquillement derrière un taureau pour l’emmener à sa parcelle, tellement tranquillement que les autres taureaux de la parcelle sont venus à notre rencontre, j’ai interdiction de courir après les taureaux ! Dieu merci ! Je ne voudrais pas réitérer l’expérience de 20 taureaux en furie se dirigeant vers moi… Une fois les vaches et taureaux passés, c’est au tour des veaux. Généralement, ils sont vendus par groupe. Ce sont les plus fugaces, mais leur petite taille ne veut pas dire qu’ils n’essaieront pas de vous donner des coups de pâtes arrières ! En un mois de temps, je n’ai pas été frappée par quelque animal que ce soit malgré les tentatives de certaines bêtes ; mais d’autres l’ont été. Ouch. Après la vente de bétail terminée, nous prenons une pose pour prendre notre lunch avant d’aider au nettoyage. La mauvaise partie de la job ! Une heure à nettoyer les bouses de vaches, c’est très appétissant… surtout qu’une vache stressée, ça ne chie pas en paquet !

En milieu d’après-midi, nous rentrons à la ferme. Le soleil est au rendez-vous, deux autres helpers et moi-même décidons de partir en balade. Nous sellons nos chevaux respectifs, et nous voilà partis vers les champs en face de la ferme. Une heure de pure plaisir. Et dire qu’il y a trois semaines de cela, j’avais peur d’approcher un cheval… J’aurais atteint mon but : pouvoir attraper mon cheval, l’équiper, le monter et le « contrôler » dans un terrain extérieur. Nous rentrons pour l’heure du souper. Un festin nous attend ! Après une telle journée, rien de mieux qu’un bon repas chaud.

Plus tôt dans la journée, nous nous sommes faits inviter par les helpers de l’autre ferme à se joindre à eux pour un feu de camps dans leur ferme. Une fois nos douches prises, Eddy et moi prenons place dans la vieille Fifth Avenue, la voiture prêtée aux helpers, et nous mettons en route. Au volant de cette voiture, je me sens comme le roi du monde ! Musique à fond, nous chantons à tue-tête. Un peu plus de 45 minutes plus tard, nous arrivons à l’autre ferme. Bières, marshmallows, cidre… tout ce qu’il faut pour passer une bonne soirée ! Nous parlerons anglais, avec des interludes d’espagnol et mes infatigables jurons français. En début de matinée, je nous reconduis à la maison. Une fois de plus, je m’endormirai avec le sourire aux lèvres… demain une longue journée assise au volant du tracteur m’attend… ah, la vie en Saskatchewan…

dimanche 21 octobre 2012

Intermède #14

"La vie est un long champ à cultiver. Voyager, c'est y semer la diversité de la Terre. Voyager, c'est l'embellir des couleurs du monde."
-L. Lesven



En découvrant le monde, je me découvre moi-même. Sur les routes, mes aprioris s'envolent et mes barrières tombent. J'apprends à accepter l'autre, mais surtout à m'accepter moi-même. Chaque jour est fait de découverte et d'apprentissage. La route est ma maison. Je laisserai les voyages m'emporter au gré du vent, jusqu'au jour où ce dernier ne soufflera plus.

dimanche 14 octobre 2012

Intermède #13

He is not perfect. You're not either, and the two of you will never be perfect. But if he can make you laugh at least once, causes you to think twice, and if he admits to being human and making mistakes, hold on to him and give him the most you can. He isn't going to quote poetry, he is not thinking about you every moment, but he will give you a part of him that he knows you could break. Don't hurt him, don't change him and don't expect more than he can give. Don't analyze. Smile when he makes you happy, yell when he makes you mad, and miss him when he's not there. Love hard when there is love to be had. Because perfect guys don't exist, but there is always one guy that is perfect for you.
- Bob Marley

dimanche 22 juillet 2012

46. Le passé à mes trousses.

365,13 km², c'est la superficie de Montréal; en 2012, on y comptait 1 735 450 habitants. Son centre ville doit bien contenir une cinquantaine de bars à lui tout seul, à quelque chose près. Il y avait donc une chance sur un milliard que l'indésirable se produise. C'était toutefois sans compter sur ma chance légendaire -sarcasme.

Entre deux rires, je l'aperçois. Les battements de mon cœur se font irréguliers avant de s'emballer et de partir à la rencontre de la chamade. Lui aussi me remarque immédiatement. Nos regards se croisent furtivement avant que je ne feigne l'ignorance totale. Difficilement, je tente de prêter une oreille attentive à mon interlocuteur, un demi sourire aux lèvres. Mais mes yeux trahissent ma panique intérieure. Il est là. Mon interlocuteur m'interroge sur mon changement de comportement et je lui conte du bout des lèvres la situation. Et bien que le fruit de mes tourments me tourne le dos, je le vois plusieurs fois jeter dans ma direction des regards à la dérobée. Je tente tant bien que mal de contenir mon hystérie que je dissipe en des boutades bon marché. Puis l'impensable se produit: il se lève et se dirige droit vers moi. Je n'ai d'autres choix que de faire face à la confrontation. Il me salue, tout sourire, et me propose de se voir les jours prochains. A quel jeu malsain se livre-t-il ? Est-ce une blague ? Je le toise du regard, incrédule, et lui réponds vaguement que c'est une proposition envisageable à laquelle je réfléchirai. Je reprends ensuite ma conversation, sans ne plus lui prêter la moindre attention et il repart sans un reste. Quelques minutes plus tard, le teint livide, un sourire de façade sur le visage, je prétexte une envie pressante pour éclater en sanglots dans les toilettes des femmes.

La sensation qu'il venait de pénétrer mon espace vital ne me quitta plus. Si ce n'est ce jour, j'en aurais presque réussi à oublier sa présence ici... alors qu'en réalité, il arrive encore et toujours à piétiner mon cœur.

samedi 21 juillet 2012

Paulette #4

Insomnie.

La nuit était bien trop longue. Paulette était fatiguée, mais la fatigue ne suffisait même plus à calmer ses pensées. Elle savait que la seule chose qui pourrait encore la calmer lui était interdite. Et pourtant, cette nuit, machinalement, elle se glissa hors du lit en prenant soin de ne pas réveiller Pierre -à moins qu'il ne s'agissait de Paul... Elle enfila ses chaussures, attrapa son sac à main et se faufila à l'extérieur de l'appartement. Il lui sembla marcher pendant des heures. Ses pieds lui faisaient un mal fou, mais bientôt, elle atteint son but. Les yeux grands ouverts, elle contemplait cette porte à la peinture défraîchie comme si elle allait se mettre à parler. Elle fit quelques pas et se retrouvait maintenant nez à nez avec cette dernière. Attentive aux moindres bruits, Paulette ne bougeait plus. Le silence était de marbre de l'autre côté. Résignée, Paulette recula. Ses yeux s'embrumèrent et quelques perles vinrent rouler sur ses joues. Elle resta des heures à contempler cette porte, pleurant à chaudes larmes, silencieusement. Au petit matin, Paulette entendit les premiers signes de vie de l'autre côté de la porte. Immobile, elle se voulait invisible. Tout à coup, la porte se mit en mouvement. Terrorisée, Paulette s'enfuit en courant, sans même se retourner. Elle courra jusqu'à en perdre allène.

Ce matin-là, Paulette prit un bus. Aucun bagage, aucun ticket à la main, aucune destination sur le papier, Paulette s'en est allée... à jamais.

dimanche 1 juillet 2012

45. De retour à Montréal.

Sur une durée d'un mois, j'ai : parcouru un peu plus de 3000k en pouce; visité 9 villes et 2 îles; dormi 4 fois en auberge de jeunesse, 2 fois chez l'habitant et une fois en camping; emprunté 16 voitures, 2 ferrys et un camion; randonné dans 4 parcs nationaux et un canyon; rencontré moultes personnalités différentes, des plus charmantes aux plus exécrables; aperçu -entre autres- des baleines, des orignaux et des phoques; exploré les Îles de la Madeleine en vélo, les cheveux au vent; dégusté un homard à Percé et un burger maison au steak d'orignal à Carleton; embrassé des garçons et des filles; prêté mon corps pour une expérience; bu des bières dans les micro-brasseries, des shooters au son de la cloche, et des grogs pour chasser la grippe; ri, pleuré, pesté, prié, remercié, apprécié, dansé, titubé, crié, chanté, emprunté et donné; appris à pagayer... et je n'ai même pas eu peur. Je me suis : faite percer le nez à Charlottetown, faute d'avoir trouvé un perceur à Percé; prise pour Anne Gable à Cavendish, sur l'Île du Prince Edouard; réchauffée autour de feux de camp avec mes nouveaux amis. Et j'ai souri, beaucoup.

Mais voilà, quelque part, la liberté a un prix; il me faut donc renflouer les caisses et c'est pourquoi je m'installe à Montréal le temps de l'été.


Québec, Gaspésie, New Brunswick, Île du Prince Edouard, Îles de la Madeleine... merci.

mercredi 27 juin 2012

Paulette #3

Ses pas ne sont plus que le fantôme d'un passé qui la hante.

Coups d’œil furtifs et craintifs, lancés tel un appel à l'aide. Paulette lance des regards apeurés dans toutes les directions, à la recherche de ce qu'elle a depuis bien longtemps déjà perdu. Le pessimisme au bout des doigts, elle joue nerveusement avec une mèche de cheveux, dans l'attente d'un signe de vie de l'autre côté de la vitre.

Les souterrains du métro sont un labyrinthe qu'elle chérie avec anxiété. Les grandes rues où elle magasine lui font perdre raison. Le temps est bien trop long lorsque le cliquetis de l'horloge devient incessant et bruyant.

Pas lourds sur le béton, Paulette rentre chez eux, déchue. Les draps sont si froids que sa peau en frissonne. La nuit sera bien longue, sans cette vivacité qui occupait les moutons d'autrefois.

samedi 16 juin 2012

Intermède #12 : Massaman Curry with Chicken.



How to make MASSAMAN CURRY WITH CHICKEN.

INGREDIENTS :
1 tablespoon soya bean oil
1 heaped tablespoon massaman curry paste
200 grams chicken fillets or tofu cut in 2 cm cubes
1-2 potatoes cut in a 1 cm cubes
1 brown onion sliced
1/2 cup thick coconut cream
1 teaspoon salt
1-2 tablespoons coconut sugar
2 tablespoon fish sauce or soya sauce
4-6 tablespoons dry roasted ground peanuts
1-2 cups thin coconut milk
2-3 tablespoons tamarind paste or lime juice

PREPARATION :
1. Place one tablespoon of soya bean oil into the wok and turn the gas to low.
2. Fry the curry paste until it becomes grafrant.
3. Add the chicken, potatoes and onions. Fry for one minute.
4. Pour in the thick coconut cream and add the salt. Stir for one more minute.
5. Add the thin coconut milk, coconut sugar, ground peanuts and the fish sauce. Turn gas to medium.
6. Stir until boiling, turn gas to low and let it simmer for 10 minutes.
7. Add the tamarind paste.
8. Keep simmering until the potatoes are cooked (approximately 10-15 minutes).

Serve with steamed rice, steamed buns or chapatti bread.

lundi 14 mai 2012

Intermède #11 : Nature and imagination.

The tree which moves some to tears of joy is in the eyes of others only a green thing that stands in the way. Some see nature all ridicule and deformity... and some scarce see nature at all. But to the eyes of the man of imagination, nature is imagination itself.
- William Blake.


D'aussi loin que je m'en souvienne, j'ai toujours eu énormément d'imagination. Et chaque jour qui passe ici, je ne peux en être qu'encore plus reconnaissante.

samedi 5 mai 2012

44. NLF, une association en or.

5:30AM

Si mon alarme avait failli à me sortir de ma torpeur, les quelques coups de poings qui tombèrent sur ma porte de chambre me firent écarquiller les yeux. J'avais à la fois envie d'arborer un sourire se frayant un chemin depuis mon oreille droite jusqu'à mon oreille gauche, et à la fois envie de m'enfoncer sous la couverture légère qui enveloppait mon corps à demi nu. Plusieurs coups résonnèrent sur certaines des portes voisines. Si les autres voulaient dormir jusque l'heure du petit déjeuner, ils ne manqueraient pas d'être réveillés par notre réveil quelque peu brutal. J'enfilais rapidement un short et mes tennis, et sortis retrouver le petit groupe de personnes à l'entrée de notre ghetto. Je grommelais un Bonjour ! plus que matinal à mon ami responsable de tout ce vacarme et entrepris de m'échauffer avec les autres. Quelques minutes plus tard, nous étions partis pour une heure de souffrance musculaire. Je respirais l'air frais à pleins poumons, reconnaissante de chaque bouffée vivifiante. Après avoir fait le tour du petit lac au pas de course, chacun à notre rythme, nous mettions à l'épreuve notre corps entier par de petits exercices tortueux: pompes, abdominaux, course de vitesse et autres.


Oui, cela sonne un peu armée de terre où réveil à cinq heures du matin et entrainement d'arrache pieds sont le quotidien; mais au lieu de ça, je me trouvais bénévole dans une association au nord de la Thaïlande, pour un séjour qui m'apporta surement plus que je n'aurais pu l'imaginer. Et ce calvaire matinale, je me l'infligeais volontiers.


L'ambiance était bon enfant et amicale. Certains se connaissaient depuis plusieurs mois, d'autres depuis une poignée de jours, et pourtant régnait autour des différentes tables une impression de grosse famille. Si le silence au petit-déjeuner était roi, l'émotion passait à travers les regards, les sourires ou encore les petits mots prononcés du bout des lèvres. Je n'étais là que depuis une dizaine de jours et déjà ma reconnaissance envers ces gens était précieuse et infinie. Une fois notre copieux petit-déjeuner avalé, nous nous dirigeâmes vers le hall de méditation où a lieu notre réunion matinale : présentation des nouveaux arrivants, répartition des différentes tâches, minute de méditation… et la journée suit ensuite son cours.

Outils en mains, nous arrachions les mauvaises herbes qui étaient venues se loger aux pieds de nos diverses plantations. Malgré l'heure matinale, la chaleur était écrasante. Je dégageais de mes mains terreuses mes mèches rebelles collées sur mon visage. Mon dos recroquevillés me lançait de petits appels à l'aide. Mes bras et mes genoux étaient couverts de petites griffures. Mais l'esprit libéré, mon corps restait stoïque face à la douleur. Pour la première fois depuis bien longtemps, j'étais en parfaite harmonie avec moi-même et mon enveloppe corporelle en bénéficiait. Perles de sueur au coin des lèvres, je souriais à pleines dents à cette vie en communauté où partage, respect mutuel, confiance, entraide et acceptance étaient maîtres.




Quand l'heure du grand départ arriva, c'est avec la peur au ventre et une tristesse infinie que je dis au revoir à mes compagnons de galère. Serais-je aussi forte à l'extérieur ? Serais-je capable d'acquérir cette confiance en moi nécessaire ?

mercredi 25 avril 2012

43. Un séjour dans la jungle Thaïlandaise.

Un pick-up vient nous chercher, mes nouveaux compagnons d’aventure et moi-même. Nous sommes une dizaine : trois Anglais et une Canadienne voyageant ensemble, un couple d’Anglais, un couple de Français, un Espagnol rencontré la veille, et moi-même. Le groupe que nous formons s’entend bien, l’expérience promet d’être plaisante. Après nous avoir entraînés sur quelques kilomètres en dehors de la ville, jusqu’à un marché local afin de s’approvisionner pour le séjour, nous roulons jusqu’aux abords du parc national de Doi Inthanon, à l’endroit où la route s’arrête. La vraie aventure peut commencer.

Nous nous enfonçons dans la jungle pour une petite demi-heure de marche. A mi-chemin, nos guides – un Thaïlandais et un “Karen” un peu fou – nous propose de faire une halte pour manger, près d’une piscine naturelle. Après nous avoir donné à chacun nos repas du midi, du riz enveloppé dans une feuille de bananier et quelques bananes, ils disparaissent dans la jungle en nous laissant livrés à nous-mêmes. Étrange. L’ambiance est bon enfant ; nous prenons quelques photos et nous baignons dans cette eau trouble en attendant le retour tant espéré de nos guides. Après une bonne demi-heure, ils nous reviennent enfin, et nous reprenons la marche jusqu’au premier village isolé des “Karens”. Les “Karens” vivent majoritairement en Birmanie d’où ils sont originaires, mais certains ont immigré en Thaïlande où ils ont maintenant une image d’assistés. Il nous faudra trois heures pour atteindre le village. La randonnée dite facile nous en fait voir de toutes les couleurs, mais nous atteignons notre objectif en fin d’après-midi. La partie du village qui nous est réservée nous est vaguement présentée (notre guide thaïlandais parle un anglais rudimentaire alors que notre guide issu d’un des villages Karen n’utilise qu’un anglais très rudimentaire) : une cuisine, notre chambre commune composée de cinq paillassons doubles sous des moustiquaires trouées, une douche entourée de quatre planches de bambous, et les toilettes qui ne sont autre qu’un trou dans le sol, protégé par quatre planches de bambous. Autant dire que nous allons vivre à la dure. Quelques-uns d’entre nous décident de partir explorer le reste du village, appareil photo en mains. Malgré mes attentes, il est malheureusement très difficile de dialoguer avec les membres du village, tout simplement car ils ne sont soit pas présents, soit aux regards durs et inquisiteurs. Je parviens tout de même à échanger quelques mots avec une petite fille en train de tisser sur le devant de sa maison. Les enfants sont encore les plus faciles d’approche. J’ai toutefois l’impression de violer leur intimité, et c’est exactement ce qui m’avait fait hésiter sur la nature de cette randonnée. Je renonce donc à tout dialogue et me contente de profiter du paysage qui est à couper le souffle. Quelques cochons noirs se baladent dans le village ; plus haut, nous découvrons un champ où vaches et cultures cohabitent, mais également une église faite de bois, et finalement une vue sur la jungle avoisinante. Plus tard, nous dégusterons un repas composé de riz et de fruits préparé par des femmes du village. Elles nous proposeront ensuite d’acheter quelques souvenirs faits de leurs mains. Le soir venu, nos guides nous prépareront un feu de camp autour duquel nous tenterons de discuter des us et coutumes du village. Le guide thaïlandais répond à nos questions mais il est évident qu’il ne le fait que parce qu’il lui a été demandé de le faire. Certains de mes compagnons rejoignent le guide birman afin de partager un peu d’opium. La consommation d’opium est très courante dans ces villages isolés…

Après une courte nuit agrémentée de moustiques et de ronflements et un copieux petit-déjeuner, nous voici de nouveau en route pour de nouvelles aventures. Nous marcherons pendant une heure afin d’atteindre le plus haut point du parc ; si la randonnée du jour précédent nous paraissait difficile, autant dire que nous peinons cette fois à avancer à un rythme soutenu. Il nous faudra ensuite une heure supplémentaire afin d’atteindre ce qu’ils considèrent comme le second village “Karen”. Malheureusement, tout ce que nous pouvons en voir est une cabane qui nous servira d’appoint pour le lunch. En amont de ce “village” se trouve une chute d’eau et à ses pieds une nouvelle piscine naturelle. Nous y barbotons une bonne heure avant de reprendre notre marche, d’un pas lourd, pendant environ deux heures vers notre campement pour la nuit. Le cadre est complètement différent du premier. Nous sommes totalement à l’écart du village, dans un espace qui se compose d’une cuisine, de toilettes rudimentaires, et de six petites huttes individuelles. Je vais pouvoir profiter de mon propre espace ce soir. Quant à la douche, il s’agit cette fois d’une énorme baignoire naturelle située juste à côté du camp. Sans plus tarder, notre groupe se jette à l’eau afin de se rafraîchir. Nous dînerons ensuite et la nuit venue, nous nous retrouverons de nouveau autour d’un feu de camp avant de sombrer chacun de notre côté dans les bras de Morphée. À savoir également que nos guides transportent avec eux des glacières remplies de sodas et de bières, que nous vidons bien sûr à notre propre compte. Les soirées sont donc bien agitées.

Le lendemain matin, après un petit déjeuner à base de riz, nous repartons pour une heure et demi de marche le long de la rivière. Sur le chemin, notre guide nous lance au défi de manger des fourmis rouges, apparemment très bonnes pour notre organisme. Nous passons ensuite dans des champs de riz où la marche devient enfin facile. Nous reprenons finalement la route par pick-up, afin d’atteindre un village réputé pour ces éléphants. Nous y mangerons et aurons ensuite l’occasion de partir à dos d’éléphant pour une heure de temps. Wahou. Je n’ai pas d’autres mots pour résumer cette expérience. Je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie dans un moyen de transport. La hauteur est impressionnante, et leur démarche lourde et lente fait de cette balade un enfer. Bien que surexcitée d’être sur le dos d’un éléphant, j’avais très hâte de le quitter. D’autant plus que le guide installé sur la tête de mon éléphant décide très souvent de quitter son poste et de laisser l’éléphant libre d’aller où bon lui semble. Autant dire que j’ai failli mourir une paire de fois. La balade à dos d’éléphant terminée, nous interagissons un peu avec eux avant de partir pour une nouvelle aventure. Cette fois, il s’agira de descendre la rivière sur un long et étroit radeau de fortune pour deux heures. Quelle rigolade ! La rivière est très réputée et de nombreux habitants s’y baignent tout au long de notre descente. Leur jeu préféré est bien évidemment d’arroser les farangs (étrangers) sur leur passage !

Une heure de route plus tard, nous voici de retour à l’auberge où nous partageons tous nos ressentis autour d’une bonne bière fraîche.





Retrouvez l'intégralité de l'interview d'où cet article est extrait sur le forum des PVTistes ici*.

samedi 21 avril 2012

Intermède #10 : Massaman Curry Paste.



How to make MASSAMAN CURRY PASTE.

INGREDIENTS :
1/8 teaspoon of black peppercorns
1/8 teaspoon cumin seeds
1/4 teaspoon coriander seeds
1/4 teaspoon cloves
1/4 teaspoon cinnamon
1/4 teaspoon cardamon
1/8 teaspoon salt
3-5 large sundried chillies, seeds removed and soaked in water for 10 minutes
1/4 teaspoon ginza (or ginger), scrape skin off and slice finely
1/2 tablespoon lemongrass, sliced finely
1/2 tablespoon garlic, peeled and chopped
1/2 tablespoon shallots, peeled and diced finely
1/4 tablespoon coriander root, chopped
1/8 teaspoon shrimp paste

PREPARATION :
1. Roast dry ingredients in a wok, no oil, on low heat. Stir until the fragrance has been released (usually 1 to 4 minutes process). Turn the heat as soon as you smell the fragrance of the herbs.
2. Place all of the dry roasted herbs in a mortar and pestle and pound until they reach a fine powder.
3. Add the ginza, lemongrass and coriander roots. Pound again until all ingredients are smooth.
4. Add the garlics, shallots, shrimp paste and sundried chillies. Pound again until smooth.

This recipe makes two tablespoons of paste which is enough to make two currys for two people. It may be stored up to two months by adding half a cup of soya bean oil and placing in an airtight jar in your pantry. Do not store in fridge.

vendredi 20 avril 2012

42. De Sukhothai à Chiang Mai.

Je monte dans le bus et comprends vite que prendre le dit bus depuis la vieille ville n'était pas chose à faire ; tous les sièges sont occupés, et l'allée centrale devient mon siège partagé. Je me dirige vers le fond du bus et décide de m'installer le plus confortablement possible sur le sol. Si les Thaïlandais me regardent tous de leurs regards stupéfaits, il me serait impossible de passer les cinq prochaines heures debout après avoir crapahuté dans le parc toute la matinée. Ma tête repose sur mon sac couché au sol, et, les paupières closes, j'essaye d'oublier -une fois de plus- mon confort et me concentre sur le reste. Un peu plus d'une heure plus tard, une Thaïlandaise me tape gentiment sur le bras pour m'indiquer qu'un siège s'est libéré. Je la gratifie d'un sourire et m'installe près de la fenêtre. Alors que je m'apprête à appuyer ma tête contre la vitre, je me reprends immédiatement. Je passe mes prochaines heures à observer du coin de l’œil une colonie de petits cafards qui fait des vas et viens du rebord de la fenêtre au siège situé devant moi. Si partager mon espace vital avec ces petits insectes m'est devenu envisageable après plus d'un mois en Thaïlande, la simple idée qu'il se retrouve sur mon corps me révulse.

L'attente à la gare de Chiang Mai fut longue. Une heure plus tard, un chauffeur vient enfin me récupérer. Une fois à l'hôtel, je dépose mes affaires dans ma chambre et planifie mes prochains jours : un trek de trois jours et deux nuits dans la jungle, et une demie journée de cours de cuisine Thaïlandaise. Je me dirige ensuite vers le bar-restaurant situé à l'entrée de l'hôtel où un chanteur entonne les paroles de Johnny Cash. L'air occidental qui règne dans cette place me donne un regain d'énergie pour les jours à venir.

La philosophie de l'endroit est écrite noir sur blanc sur le dessus de la scène :
Shoot nothing but pictures.
Kill nothing but time.
Leave nothing but footprints.

mardi 17 avril 2012

41. Dans la province de Sukhothai.

Alors que le soleil n'est pas encore levé, mon alarme sonne. Machinalement, je l'éteins et me demande bien quelle mouche m'a piqué pour avoir osé programmer cette dernière de si bonne heure. Et puis, je me souviens. Grommelant un tas d'insultes contre mon cerveau, je me lève, les paupières à demi ouvertes. La moiteur de la nuit me somme de prendre une douche froide et je m'exécute. Une fois bien réveillée, l'excitation et l'impatience prennent le dessus. J'emprisonne ma longue chevelure dans une natte, vérifie une dernière fois que toutes mes affaires sont prêtes au départ, et quitte ma chambre.

Dehors, une petite brise fraîche me chatouille le visage. La petite ville de Sukhothai se lève à peine au rythme de mes pas. Je croise le regard étonné de plusieurs villageois ; voir une européenne dans les rues à cette heure si prématurée, cela amuse autant que cela surprend. D'un pas décidé, je me dirige vers la partie nord du parc historique. Après m'être délectée de la partie centrale et de ces magnifiques temples -Wat Mahathat, Wat Tra Phang Ngoen, Wat Si Sawai, Wat Sa Si, Wat Tra Kuan, Wat Chaha Songkhram, King Ramkhamhaeng Monument- durant la journée d'hier, je compte bien profiter de la partie nord ce matin. Les allées sont désertes, je me sens seule au monde. Je marche depuis presque une heure quand, derrière Wat Phra Phai Luang, je le vois apparaître. Le moment est inoubliable, le sentiment d'impuissance incroyable. Sa couleur dorée se reflète sur la pierre. A son contact, les statues de Bouddha prennent toute leur ampleur. J'en ai l'envie de pleurer. Après m'être imprégner de la force de ce moment, je continue mon chemin et m'enfonce dans les abysses du parc. L'heure étant en ma faveur, je prolonge le plaisir jusqu'à la partie ouest du parc. D'un temple à un autre, d'un Bouddha géant aux petites statuettes éparpillées à travers les ruines, mon sourire se fait plus prononcé jusqu'à concurrencer l'irradiation des rayons du soleil. Je pourrais passer des journées entières à errer dans ce parc tant il est beau.

Quatre heures plus tard, les pieds en compote mais les yeux et l'appareil photo rassasiés, j'attends mon bus pour Chiang Mai.

dimanche 15 avril 2012

40. Sawadee pi mai.

Incertaines de ce qui nous attendait à l'extérieur, un peu avant midi, nous nous aventurons à l'extérieur de l'hôtel. Dans cette rue plutôt calme, l'atmosphère est lourdement différente des autres jours, signe de cet événement particulier : le nouvel an bouddhiste. Les effluves de l'euphorie environnante se font ressentir très rapidement. Sur le trottoir adjacent, une poignée d'enfants est postée en position d'attaque ; seaux d'eau, tuyau d'arrosage, pistolets à eau. Nous comprenons rapidement que notre sort est entre leurs mains et nous accélérons notre cadence pour éviter ce que nous devinons imminent. Une fine pluie d'eau froide parvient jusqu'à nous et nous commençons à courir.

Songkran est le nom donné au nouvel an bouddhiste en Thaïlande. A Bangkok, il a lieu chaque année du 12 au 15 avril. Trois jours où la ville se transforme en terrain de jeu pour une bataille d'eau monumentale. De manière traditionnelle, chaque famille se réunit afin que chacun fasse preuve de respect envers ses aînés en leur versant de l'eau parfumée sur les mains. Si le côté traditionnel n'a pas disparu, il s'en suit la plus grande bataille d'eau du monde. Pendant trois jours, toute technique est bonne pour mouiller son prochain.

Notre repas entre expatriés se déroule à merveille. A l'abri derrière de grandes vitres, nous observons la jungle extérieure tout en dégustant un festin. Le spectacle auquel nous assistons est démentiel ; personne n'est épargné, pas même l'homme d'affaire en costume qui tente tant bien que mal de se rendre au travail. L'heure d'affronter la zone de guerre approche et nous achetons de gros pistolets à eau afin de contrer toute attaque. Les prochaines heures ne seront que pure plaisir. Nous retombons complètement en enfance, trempées de la tête aux pieds, arrosant les passants avec frénésie. La rue principale est noire de monde, pas un mètre carré n'est laissé vierge. Des camions munis de lances à eau nous aspergent continuellement. Les Thaïlandais nous barbouillent le visage d'argile blanchâtre dont la visée est de nous porter bonne chance pour cette nouvelle année à venir. Mon corps est rempli de cette poudre blanchâtre qui me dégouline de partout. Si je ne suis pas chanceuse cette année, je ne comprends pas !

Pendant trois jours durant, il nous sera impossible de revenir à l'hôtel complètement sèche ou propre. Du seau d'eau rempli de glaçons au tuyau d'arrosage déversant des litres d'eau glacée, impossible d'échapper aux attaques enfantines. Les rires résonnent, les sourires de reconnaissance se partagent et le bonheur se lie sur tous les visages.

Sawadee pi mai !